

1 an après l’entrée en vigueur de la réforme des retraites, des seniors proches du départ expliquent comment elle a bouleversé leurs finances, leur santé ou leurs projets La réforme des retraites, entrée en vigueur en septembre 2023, a pris au dépourvu un certain nombre de travailleurs proches de la retraite, qui ont dû revoir leurs plans. La réforme des retraites, adoptée par le gouvernement d’Elisabeth Borne par 49,3, qui décale progressivement l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, est entrée en vigueur le 1er septembre 2023. Et ce, alors que de nombreux actifs nés entre 1961 et 1964 se préparaient à la fin prochaine de leur carrière, les forçant à se réorganiser, parfois dans l’urgence. Pour certains, le nouveau régime a imposé une prolongation du chômage, et une perte de revenus ou d’épargne. D’autres ont dû poursuivre un métier harassant, subir les conséquences d’une maladie professionnelle, ou bien, parfois, continuer dans un travail qu’ils apprécient 1 an après l’application de la réforme, franceinfo a interrogé des seniors pour qui la ligne d’arrivée a été repoussée. -Entre chômage et petits contrats, Jean-Marc puise dans ses économies pour « tenir » jusqu’à la retraite. J’aurai dû partir en retraite il y a tout juste un mois », lâche ce Varois. Avec la réforme, il devra finalement attendre d’avoir 62 ans et six mois, en février 2025, pour liquider ses droits à la retraite. « Ces 6 mois supplémentaires, je les vois comme une punition injuste et agressive. » Magasinier cariste pendant plus de 30 ans, Jean-Marc a perdu son emploi en 2017 à la suite d’une réorganisation dans son entreprise. Il « alterne » désormais entre des périodes de chômage et des remplacements comme veilleur de nuit dans un Ehpad. Des contrats à durée « très variable » qui peuvent aller de quelques jours à plusieurs mois. Les mois où il n’a aucune activité, Jean-Marc perçoit une indemnité chômage de 980 euros. Pour « tenir » jusqu’en février, il puise dans son « petit pécule ». Sa recherche d’emploi a été « très compliquée » ces dernières années, plusieurs recruteurs lui ayant opposé en entretien qu’il était « trop vieux ». « Le monde du travail n’est plus fait pour moi », se résout-il. -Nathalie, auxiliaire de vie, épuisée par la pénibilité d’un « très beau métier. « J’ai 60 ans et je n’en peux déjà plus, alors une année supplémentaire…, soupire Nathalie, auxiliaire de vie en Nouvelle-Aquitaine. J’essaierai, mais c’est très dur. » L’auxiliaire de vie indépendante aime son travail, « un très beau métier », mais dont la pénibilité est élevée, en particulier quand l’on s’occupe de personnes âgées très dépendantes. « J’en ai eu une fracture de fatigue dans le dos il y a 3 ans, je ne pouvais plus marcher. » « Il faut porter les personnes, les mettre dans leur lit, les changer, faire leur toilette, les promener, on est toujours debout à piétiner… » Elle pensait partir à la retraite à l’âge légal (62 ans), mais la réforme a repoussé sa ligne d’arrivée d’un an. Et après une carrière souvent mal payée, entrecoupée de quelques périodes de formation et de chômage, sa pension ne dépassera pas les 1 000 euros. Mais « pas question de travailler jusqu’à 67 ans ». Aujourd’hui, « la prise en compte de la pénibilité n’est que partielle », regrette Annie Jolivet, qui souligne que depuis la transformation du « compte personnel de prévention de la pénibilité » en « compte personnel de prévention » en 2017, seuls 6 types de pénibilité sont pris en compte contre 10 auparavant (excluant notamment les ports de charge lourde et les expositions chimiques). « Les métiers en ‘première ligne’ pendant le Covid, par exemple, sont plus souvent pénibles, précaires et mal payés que la moyenne, souligne l’économiste du travail. Et les contrats de moins d’un mois ne sont pas pris en compte, ce qui pénalise encore davantage les plus précaires. » Via: France info


Nadine, rendue malade par son activité de retoucheuse de vêtements, « veut passer à autre chose ». « La douleur m’empêche parfois de dormir la nuit. » Nadine, 61 ans, est en arrêt maladie depuis janvier 2024 après de longues années passées à retoucher des vêtements. Elle souffre d’une tendinite du pouce, reconnue comme maladie professionnelle. « Lorsqu’on est droitière, la main gauche sert toujours de soutien pour tenir le vêtement quand on fait autre chose de la main droite : quand on coupe un bas de pantalon, quand on repasse, quand on utilise la machine à coudre… » Les muscles restent tendus en permanence, et toujours de la même façon. Elle pensait partir à la retraite en juillet 2024, au titre d’une carrière longue. Jusqu’à ce que la réforme soit adoptée et retarde son projet de 6 mois. « L’idée d’Ambroise Croizat [un des fondateurs de la Sécurité sociale], c’était qu’on puisse partir à la retraite en bonne santé. Ce ne sera pas mon cas. » Une autre affection va lui imposer une opération lourde, qui lui assure de rester en arrêt maladie jusqu’à la retraite. Elle dénonce plus largement une réforme « injuste et injustifiée », même si elle reconnaît qu’elle bénéficiera du minimum de retraite introduit par la loi, à 848 euros bruts. « Mon mari est à la retraite et m’attend depuis 8 ans, j’ai envie de profiter de la vie. Je ne sais pas si je le pourrai… Mais c’est bon, j’ai eu ma dose, je veux passer à autre chose. Je suis fatiguée, usée. » Comme Nadine, de nombreux salariés partent à la retraite en mauvaise santé. « Environ 10% des salariés se disent en situation d’incapacité forte au cours de la première année de retraite, et près de 15% se disent limités mais pas fortement », explique à franceinfo Patrick Aubert, économiste et statisticien. Sans surprise, les incapacités sont plus fréquentes chez ceux qui exercent des métiers physiquement pénibles, moins bien payés et moins qualifiés, comme les ouvriers, et moins chez les cadres », souligne Patrick Aubert. Ces catégories sont aussi celles dont l’espérance de vie à la retraite est plus faible Isabelle*, responsable dans le BTP, s’est mise en retraite progressive : sa façon à elle « de riposter » En tant que cadre dans un grand groupe du BTP, Isabelle* doit, à 61 ans, tenir « un rythme effréné » de visites sur une demi-douzaine de sites éclatés entre plusieurs départements. « Gérer autant d’interlocuteurs différents fatigue le mental, et les déplacements, le physique. » La séquence de la réforme des retraites la plonge dans l’incertitude. Elle devra attendre neuf mois de plus que prévu pour atteindre l’âge légal de départ. Elle a finalement choisi la retraite progressive : le dispositif permet de travailler entre 20 et 80% du temps normal, tout en touchant un pourcentage de sa future retraite, du moment que le bénéficiaire atteint l’âge légal de départ dans moins de deux ans et réunit 150 trimestres. « Quand vous travaillez à temps partiel et si proche de la retraite, on vous considère comme déjà parti. Vous avez un pied dehors, on ne va pas miser sur vous. » Bruno, dessinateur industriel, « relativise » sa situation A l’annonce de la réforme des retraites, Bruno a d’abord pesté. Puis, ce dessinateur industriel de 62 ans a « complètement relativisé ». Les nouvelles règles ont décalé sa possibilité de départ de six mois, du 1er août 2024 au 1er février 2025. Depuis octobre 2023, ce Jurassien effectue une mission longue d’intérim dans une « grosse entreprise » spécialisée dans l’aéronautique. Bruno s’est renseigné sur le cumul emploi-retraite, un dispositif « intéressant financièrement » qui lui permettrait, à partir de février, de percevoir sa pension de retraite en plus de son salaire. En 2022, environ 381 000 affiliés à l’Agirc-Arrco cumulaient une pension de retraite et un emploi salarié, selon une étude publiée en juillet. Via: France info
